QAI dans l’immobilier : un air sain pour les logements neufs

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Alexandra Cordeiro, écotoxicologue, a participé au lancement du premier label permettant de certifier la qualité de l’air intérieur dans les logements neufs. Elle nous a dressé un panorama des facteurs de risques et des bonnes pratiques à suivre par les promoteurs, les architectes et les habitants. L’ingénieure spécialisée en qualité de l’air s’attache d’ailleurs à sensibiliser le grand public et les professionnels aux enjeux de la qualité de l’air à travers plusieurs publications.

Quel a été votre parcours professionnel ?

J’ai obtenu un master d’ingénieure en écotoxicologie en septembre 2017. J’ai aussitôt été recrutée par la société Thermexpert afin de monter un département dédié au contrôle et à la surveillance de la qualité de l’air intérieur (QAI), qui venait alors d’être rendu obligatoire pour tous les ERP (établissements recevant du public). J’ai accompagné de nombreuses collectivités, notamment des crèches et des écoles, pour évaluer et améliorer leur QAI. Les projets se déclinaient en plusieurs étapes : diagnostic, mesure des polluants de l’air, préconisation d’actions à mettre en place et suivi annuel, mais aussi sensibilisation du personnel éducatif, des équipes d’entretien et même des enfants avec un jeu de société que j’ai créé spécialement.

J’ai ensuite rejoint l’entreprise Immolab (filiale du Groupe Polyexpert), en tant que responsable développement et coordination label afin de  développer le label INTAIRIEUR en France et à l’international. L’enjeu était d’abord de définir des référentiels techniques fiables concernant la QAI pour les logements neufs, les maisons individuelles, le tertiaire et enfin la rénovation. Dans un second temps, j’ai accompagné les promoteurs et maîtres d’ouvrage dans leur démarche de labellisation pour plus de 100 projets immobiliers, en m’appuyant sur un réseau de 24 auditeurs indépendants à travers la France. La première opération qui aura terminé le processus de labellisation INTAIRIEUR est menée par Bouygues Immobilier à Bayonne.

Selon vous, à quelles étapes d’un projet immobilier est-il judicieux de faire intervenir un expert de la qualité de l’air ?

Avant même le dépôt du permis de construire, il est souhaitable de réaliser une étude de la qualité de l’air extérieur en identifiant toutes les sources de pollution dans l’eau, l’air et le sol dans un rayon d’un kilomètre autour du futur bâtiment, et de mener des opérations de dépollution si nécessaire.

Un expert QAI peut également formuler des recommandations lors de la phase de conception en pointant des axes d’amélioration à partir des plans. Cela peut concerner la localisation de la chaufferie (notamment pour éviter la surchauffe des logements), le réseau de ventilation (qui doit être le plus optimisé possible afin de limiter les pertes de charges) ou encore le système de ventilation installé (une simple haie végétale pourra suffire pour limiter l’introduction de la pollution extérieure dans les logements pour certains cas, mais certainement pas au pied du périphérique parisien par exemple !). Il peut également apporter un éclairage sur la meilleure orientation des logements en fonction de la localisation des sources de pollution de l’air extérieur. Il est ainsi préférable de prévoir les pièces “humides” (salle de bain, sanitaires, cuisine) sur les façades exposées aux sources de pollution, car cela limitera la pollution de l’air intérieur des pièces de vie avec un brassage de l’air cohérent.

Pendant la phase de chantier, un expert en qualité de l’air peut sensibiliser les ouvriers sur l’émission de polluants liée à leur activité pour mieux les protéger et leur rappeler les bonnes pratiques, notamment le respect des temps de séchage. Il peut également être consulté pour la sélection des colles, peintures, parquets, meubles… Il faut en effet privilégier des matériaux de construction et de décoration ayant un étiquetage A+ (qui garantit des émissions de COV totaux inférieures à 1000 µg.m³ dans l’air intérieur, 28 jours après application).

Un spécialiste de la qualité de l’air intérieur peut enfin intervenir lors de la livraison d’un projet immobilier afin de sensibiliser les futurs occupants sur la QAI en partageant là aussi les bonnes pratiques : ne pas fumer à l’intérieur, aérer régulièrement, ne pas utiliser de parfums d’intérieur, limiter drastiquement les polluants chimiques utilisés dans les produits d’entretien (et être vigilant sur le risque des effets “cocktails” qu’ils peuvent former), etc. Il peut aussi proposer un accompagnement dans la durée de vie du bâtiment, et équiper les logements d’un système de monitoring à l’aide de capteurs pour surveiller la QAI en continu.

La pollution de l’air intérieur constitue un enjeu sanitaire majeur, mais encore relativement méconnu. Quelle est l’importance de la sensibilisation et comment y participez-vous ?

Effectivement, le grand public ne connaît pas tous les risques que représente la pollution de l’air intérieur qui est l’une des causes de nombreuses maladies respiratoires comme l’asthme. Il est impossible d’éradiquer toute la pollution de l’air intérieur, mais la sensibilisation permet de limiter directement son impact sur la santé, au lieu d’agir une fois que c’est trop tard. Je fais notamment partie de l’Association de promotion de la qualité de l’air intérieur (APQAI), avec laquelle nous rédigeons actuellement un livre pour une série bien connue : La qualité de l’air intérieur pour les nuls. Il sera publié en 2021.

À titre personnel, j’ai également publié deux articles scientifiques visant à alerter sur les risques du DEHP. Il s’agit d’un phtalate qui permet de rendre le plastique souple, utilisé dans de très nombreux emballages, et qui se transfère directement dans les contenants des emballages lorsqu’il est chauffé. Dans le cadre de mon stage de fin d’étude, réalisé en laboratoire, j’ai mené une expérience sur une espèce de papillon de nuit invasive dont j’ai contaminé des larves avec du DEHP. Mon étude a mis en évidence des effets du DEHP sur les modalités de reproduction et de fécondité (durée des accouplements, latence avant accouplement, succès d’éclosion et dosages hormonaux) et sur la descendance de ces accouplements. Ces résultats montrent que le DEHP peut induire des perturbations sur deux générations consécutives et que ces perturbations peuvent être différentes entre deux générations. Cela démontre que le DEHP agit comme un perturbateur endocrinien, au même titre que le bisphénol A (BPA), et qu’il devrait faire l’objet d’une vigilance accrue des autorités sanitaires. 

Pour tout contact professionnel avec Alexandra Cordeiro : www.linkedin.com/in/alexandra-cordeiro.

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